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Jean-Lucien et Guy Rouleau, au service de la société

Les frères Rouleau, Jean-Lucien et Guy, sont tous deux médecins. Leur carrière exceptionnelle de chercheurs est ancrée dans leur philosophie morale.
Image by Owen Egan.

On voit rarement deux frères médecins spécialistes qui ont par ailleurs mené de brillantes carrières en recherche médicale. C'est pourtant le cas des frères Rouleau. L'aîné des deux, Jean-Lucien (à gauche), cardiologue, s'est fait connaître pour sa contribution au développement d'un médicament contre l'insuffisance cardiaque. Guy (à droite), neurologue, a dirigé le Neuro (L'Institut-hôpital neurologique de Montréal) de 2013 à 2026, dont il continue de diriger l'Institut de science ouverte Tanenbaum. À eux deux, ils ont publié plus de 1000 articles scientifiques et reçu une pluie de récompenses, dont l'Ordre du Canada, qui leur a été décerné en 2017 et 2020 respectivement.

Ni Guy ni Jean-Lucien ne sauraient dire ce qu'il y avait dans l'eau de Vanier, la banlieue d'Ottawa où ils ont grandi. Mais leur frère Paul s'est illustré sur la scène juridique en plaidant plusieurs fois jusqu'en Cour suprême pour les droits des minorités francophones à une éducation en français. Quant à leur sœur aînée, Suzanne, qui a fait carrière comme critique de théâtre, elle s'est beaucoup investie dans la cause de la francophonie torontoise. « S'il y a un lien entre tout ça, c'est notre philosophie morale », dit Guy Rouleau, le cadet de la fratrie. « On a tous baigné dans l'idée de servir la communauté. »

Leur mère, leur grand-mère et deux de leurs tantes maternelles étaient infirmières de profession. Et leur père, médecin de famille, soignait souvent gratuitement les plus nécessiteux. « À tel point que papa, pour joindre les deux bouts, devait tenir plusieurs autres emplois, comme coroner de la ville, entre autres », raconte Jean-Lucien, qui est l'aîné des trois fils.

Tous les enfants Rouleau ont fait leurs études de premier cycle à l'Université d'Ottawa, en médecine pour Jean-Lucien et Guy. Alors que Guy était le premier de classe avec la plus haute moyenne de la faculté (98 %), Jean-Lucien se décrit plutôt comme un étudiant « ordinaire ». « Il exagère, juge Guy. Il était parmi les premiers, mais il était très absorbé par le sport. » Mais Jean répond : « Guy, c'était le chercheur, le premier de classe. Tout le monde savait qu'il irait loin en recherche. Il faisait de la chimie dans le sous-sol et, à neuf ans, il a produit sa première explosion. »

Jean-Lucien s'est orienté vers la cardiologie en réaction à la santé de leur père, frappé d'une maladie coronarienne à 51 ans, avant de décéder tragiquement l'année suivante par noyade. « C'était une insuffisance cardiaque. J'ai orienté mes recherches sur la réhabilitation des personnes victimes d'une maladie coronarienne », raconte Jean-Lucien, toujours ému malgré le passage des années.

Les deux frères ont effectuĂ© leur formation clinique spĂ©cialisĂ©e Ă  l'UniversitĂ© ɬŔď·¬. Guy, lui, admet avoir choisi ɬŔď·¬ tout simplement pour suivre Jean-Lucien, admis six ans plus tĂ´t et qui pratiquait depuis peu Ă  l'HĂ´pital gĂ©nĂ©ral de MontrĂ©al. « Et la neurologie, c'Ă©tait parce qu'il y avait beaucoup de recherche Ă  faire. »

Les deux frères ont peu collaboré, « parce qu'il y a peu de chevauchement entre nos spécialités », précise Guy. Jean-Lucien, devenu doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, a tout de même embauché son frère. « Je voulais qu'on développe les neurosciences. Avec Guy, on a travaillé au recrutement et au développement d'une équipe. »

« Comme patron, Jean n'était pas un dur. Je dirais plutôt “intense” », commente Guy. « Pour son second mandat, il avait décidé d'être plus relaxe. Ça s'est traduit par des réunions à 6 h du matin au lieu de 5 h, 5 h 30, durant le premier mandat! Il disait: “Au moins, personne ne peut prétendre avoir autre chose à faire.” »

Depuis plusieurs années, on peut observer certaines convergences. Guy a plaidé toute sa carrière pour une science ouverte et Jean-Lucien, alors qu'il occupait la fonction de directeur de l'Institut de la santé circulatoire et respiratoire, a jeté les fondations de la Stratégie de recherche axée sur le patient. « Le vécu des patients apporte beaucoup à la recherche », dit Jean-Lucien, professeur émérite à l'Université de Montréal, mais qui poursuit ses recherches à 75 ans.

Plus récemment, raconte Guy, Jean-Lucien lui a donné un coup de main pour obtenir une importante subvention fédérale de 39 millions de dollars pour le programme « Accélérer les essais cliniques ». « Ayant reçu trop de candidatures, les Instituts de recherche en santé du Canada nous ont demandé de nous regrouper. Mon frère travaillait alors sur un projet avec un autre cardiologue, Philip James Devereaux, de l'Université McMaster, il m'a encouragé à me rapprocher de lui », raconte Guy, qui copréside le projet avec le Dr Devereaux, auquel collabore également Jean-Lucien. Chez les Rouleau, on ne lâche pas.

Lire l'article en anglais : Jean-Lucien and Guy Rouleau, serving society

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