Chères et chers membres de la communauté mcgilloise,  

J’ai le plaisir de vous présenter le rapport final du Comité consultatif en matière d’expression sur le campus [version française à venir] (le « Comité Â») et de vous faire part de ma réaction.  

Créé il y a environ un an, le Comité avait pour mandat de conseiller l’Université ɬÀï·¬ sur les moyens à mettre en Å“uvre pour faire respecter la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté académique, tout en faisant du campus un milieu sûr et inclusif. Le Comité a été chargé d’examiner ces questions comme suite, en particulier, à des situations mettant en cause des conférenciers invités dont les prises de position suscitaient la controverse, étaient jugées offensantes ou étaient perçues comme présentant un risque pour la sécurité physique ou psychologique. Le Comité a également profité de ses travaux pour examiner des enjeux connexes et formuler des recommandations à leur sujet.  

Le Comité a entrepris ses travaux sur fond de débats, dans le milieu universitaire, portant sur la liberté d’expression, sur ses limites et sur les responsabilités des établissements d’enseignement. Les universités comme la nôtre sont appelées à jouer un rôle de premier plan dans l’examen de ces questions, dans un contexte social caractérisé par une polarisation sans précédent.  

Je tiens à remercier les membres du Comité d’avoir accepté ce mandat complexe et de l’avoir mené à bien avec compétence et rigueur. Mes remerciements vont également aux membres de la population étudiante, du corps professoral et du personnel qui ont participé aux consultations. Le rapport du Comité témoigne d’une réflexion approfondie menée à l’échelle de notre communauté, et j’en accepte les recommandations, dont plusieurs réaffirment en principe des engagements et des activités déjà en place. Nous amorcerons maintenant les démarches en vue de leur mise en Å“uvre.  

Dans le cadre de son principal mandat, le Comité a recommandé la création d’un comité d’évaluation des risques liés aux activités, chargé d’assurer une prise de décision transparente et fondée sur des principes lorsque des activités auxquelles sont invités des conférenciers externes présentent des risques manifestes pour la sécurité ou menacent de perturber les activités universitaires. Nous mettrons en place ce comité en temps opportun.  

Le Comité a également formulé des recommandations constructives sur des questions connexes, notamment :

 

  • Réaffirmation et précision de la notion de « liberté académique Â». Ancrée dans des normes universitaires et dans les devoirs qui s’y rattachent, cette liberté professionnelle est distincte du droit universel à la liberté d’expression. Le Comité invite l’Université ɬÀï·¬ à améliorer la compréhension de chacune de ces libertés et de ses limites, et à mettre en place l’aide et les mécanismes qui s’imposent pour que les personnes Å“uvrant en enseignement et en apprentissage comprennent bien leurs droits et leurs responsabilités.

 

  • Communications institutionnelles sur les enjeux géopolitiques : adoption d’une approche fondée sur la retenue. Cette approche correspond étroitement à notre approche actuelle : une communication conforme à la mission académique de l’Université et ne donnant aucunement l’impression que ɬÀï·¬ prend position sur des enjeux ne relevant pas de sa compétence. Plutôt que de publier des prises de position générales, nous avons privilégié une approche axée sur l’accompagnement des étudiants et des membres de la communauté les plus touchés par les conflits géopolitiques ou les crises humanitaires, et l’aide directe à leur apporter. Nous avons notamment mis à la disposition des étudiants et des collègues des ressources qui contribuent à leur réussite et améliorent leur bien-être.

 

  • Maintien d’une approche transparente et raisonnée à l’égard de l’expression et des manifestations sur le campus. Il s’agit ici d’affirmer la valeur de cette expression, tout en établissant ses limites en vertu de la loi et des politiques de l’Université ɬÀï·¬ et en assurant une mise en application neutre, proportionnée et clairement énoncée.

 

Sans invalider le moindrement les constats du rapport, je tiens à faire valoir ici un point de vue qui y est moins présent, mais non moins réel. En tant que recteur, j’ai souvent entendu ces derniers mois des personnes affirmer que la liberté d’expression sur le campus était parfois utilisée pour justifier des comportements objectivement nuisibles.  

J’ai écouté les personnes qui se sont senties insuffisamment protégées lors d’agressions et d’actes d’intimidation, et je comprends le préjudice qu’elles ont subi, ayant moi-même été victime de tels agissements. Loin de moi l’idée de susciter la sympathie; je souhaite simplement souligner que les personnes étudiantes et les collègues de l’Université ɬÀï·¬ ne doivent jamais subir de telles atteintes à la dignité.  

Je remercie le Comité d’avoir affirmé sans équivoque que la violence, l’intimidation et le vandalisme n’étaient pas protégés par la liberté d’expression. Mais la liberté d’expression doit continuer d’exister à l’Université ɬÀï·¬, même lorsqu’elle soulève des difficultés.  

Cela dit, et je tiens à être bien clair sur ce point, la haine et la violence n’ont pas leur place à l’Université ɬÀï·¬. Leur rejet ne relève pas uniquement d’un impératif de sécurité : il est au cÅ“ur de notre identité. Ce qui unit notre communauté, au-delà des disciplines, des identités et des points de vue, c’est notre engagement commun à l’égard de l’avancement du savoir, de la quête intellectuelle et des principes qui rendent cette quête possible : la curiosité, l’intégrité et le respect.  

Ces engagements ont porté de nombreuses générations de ɬÀï·¬ois et ɬÀï·¬oises. Aujourd’hui, à l’heure où nous cherchons à composer avec des tensions complexes et à rétablir la confiance malgré nos divergences, ils doivent nous servir de boussole.  

Pendant que nous travaillerons à la mise en Å“uvre des recommandations du Comité, j’invite les membres de la communauté mcgilloise à s’engager à interagir et à débattre de façon civilisée. Un thème central se dégage de mes fort nombreuses discussions au sujet du climat sur notre campus : celui de ±ô’a²õ±è¾±°ù²¹³Ù¾±´Ç²Ô à une écoute plus attentive, à des processus plus clairs et plus inclusifs, et à un dialogue plus courageux.  

J’ai été particulièrement encouragé par une rencontre tenue en novembre dernier avec des leaders étudiants de ɬÀï·¬, invités à imaginer un campus fondé sur un dialogue courageux et sur l’établissement de liens dans un contexte de polarisation mondiale. Inspirons-nous de leurs bonnes idées pour renforcer notre capacité collective à entretenir des échanges constructifs et respectueux.  

Je tiens à remercier encore une fois le Comité et les personnes qui ont contribué à ses importants travaux.

 

Cordialement,

 

Deep Saini

Recteur et vice-chancelier

Université ɬÀï·¬